Vos gencives saignent

Les 10 questions que vous vous posez quand vos gencives saignent.

Effectivement, un peu de vocabulaire n’est pas superflu pour mieux se comprendre. Le parodonte est le nom donné à l’ensemble des tissus de soutien de la dent comprenant la gencive qui protège l’os alvéolaire, le cément qui recouvre la racine dentaire et le ligament desmodontal qui attache la dent à l’os.

Toutes les six heures, il se dépose à la surface des dents et des gencives, et indépendamment de l’alimentation, un magma jaunâtre, la plaque bactérienne contenant des micro-organismes (bactéries) qui croissent et se multiplient. On en dénombre plus de 400 espèces différentes dont certaines, agressives, détruisent le parodonte. Le tartre n’est rien d’autre que de la plaque bactérienne minéralisée sous l’effet de la salive. On en compte deux types: l’un jaune au-dessus de la gencive, l’autre noir sous la gencive, plus agressif pour les tissus parodontaux.

Oublions le terme « arthrite » qui ne convient pas et subsiste dans l’inconscient collectif. On les appelle désormais maladies parodontales ou parodontopathies, termes un peu barbare, j’en conviens. Elles sont dues aux bactéries : il s’agit bien d’une infection bactérienne. Le signe qui doit amener à consulter rapidement est l’inflammation: c’est la réponse de l’organisme à une agression.

On observe quatre signes : le gonflement des gencives, la douleur, l’élévation de température locale autour de la dent et le saignement. Donc, une gencive saine ne saigne pas au brossage.

On décrit deux catégories de maladies parodontales :

  • les gingivites, avec comme signe principal l’inflammation de la gencive, généralement réversible.
  • les parodontites, avec la destruction des tissus parodontaux et principalement l’os autour de la dent. Il est actuellement admis que 10 à 15 % de la population développe une parodontite à haut potentiel de destruction (dites agressives, aigües ou atypiques), en fonction de souches bactériennes spécifiques pouvant être mises en évidence par des tests bactériens (sondes ADN) et par des cultures réalisées par un laboratoire d’analyse spécialisé.

D’autres micro-organismes, comme certains parasites (Trichomonas tenax et une amibe, Entamoeba gingivalis) visibles uniquement à l’aide d’un microscope à contraste de phase, sont co-responsables avec certaines bactéries, de maladies parodontales agressives et de la mauvaise haleine.

Dans la bouche, différents systèmes immunitaires entrent en action.
Ce sont principalement les globules blancs neutrophiles qui détruisent et digèrent les bactéries agressives. Un petit problème immunitaire et héréditaire est à l’origine du « manque d’appétit » de ces globules blancs.
La sensiblité face aux affections parodontales n’est donc pas identique pour chaque individu.

A l’inverse des caries qui signalent leur présence par des douleurs souvent aiguës, les maladies parodontales passent souvent inaperçues pour un oeil non initié.
Elles évoluent par cycles avec des périodes d’activité intense relativement courtes où la destruction des tissus est importante, s’alternant avec des périodes de calme souvent assez longues.
L’apparition des phases actives est encore imprévisible d’où la nécessité de contrôles fréquents.

La plupart des maladies parodontales ne sont pas graves. Néanmoins, certains types d’affections peuvent être le reflet de leucémies, de déficiences nutritionnelles, de maladies de peau, de maladies du système digestif, de tumeurs. Elles sont la principale cause des abcès du cerveau.

Des maladies comme le diabète ou le SIDA peuvent présenter des parodontites sévères dues au système immunitaire déficient. Certains germes de parodontites sont la cause de maladies cardiaques d’origine bactérienne. Les parodontites apparaissent comme des facteurs favorisant l’instauration des plaques d’athérome. Précisons que cette corrélation n’a pas encore été démontrée: il a été seulement retrouvé une bactérie nommée Porphyromonas gingivalis dans les plaques d’athérome.

Chez la femme enceinte l’infection bactérienne des gencives et des dents (caries) pourrait interférer dans le bon développement du fœtus et provoquer des accouchements prématurés. Aux USA, 45000 des 250000 naissances prématurées annuelles pourraient être évitées. Le risque est trois fois plus important d’avoir un bébé de faible poids quand l’atteinte est sévère. Un maladie parodontale non traitée chez la femme enceinte augmenterait 7,5 fois le risque de mettre au monde un prématuré de faible poids.

Le médecin généraliste a son rôle à jouer dans l’aiguillage du patient vers le spécialiste de la bouche.

En effet, des médicaments comme la ciclosporine peuvent être la cause du gonflement des gencives. Egalement, les changements hormonaux chez la femme (puberté, grossesse, prise de contraceptifs oraux, ménopause) peuvent être associés à une gingivite.

Le nicorandil, médicament anti-angoreux, peut provoquer des effets indésirables comme des aphtes géants et des ulcérations buccales parfois sévères.

Tout comme votre médecin généraliste, le chirurgien-dentiste doit vous interroger afin de connaître votre passé médical et les médicaments pris.

Il n’y a pas de traitement par un médicament miracle. A l’heure actuelle, on ne sait pas agir sur le système de défense de l’organisme. Le traitement vise à enrayer le développement des bactéries. Des test bactériens spécifiques (sondes ADN) et des cultures bactériennes permettent à ce jour d’identifier le ou les agresseurs de votre gencive afin de mieux les combattre et de déterminer le risque de perte de vos dents.

Tout d’abord, vous devez être informé des différents moyens pour lutter efficacement contre la plaque bactérienne et le maître-mot est la désinfection. Des instruments adaptés vous sont alors prescrits. Puis sont instaurées des séances de lithotrities afin d’enlever les dépôts de tartre sous la gencive, ainsi que des séances de soins visant à réduire l’inflammation de la gencive et donc le saignement.

On peut y associer l’irrigation des gencives avec diverses solutions désinfectantes (chlorhexidine, sanguinarine, listérine, triclosan, eau oxygénée à 10 volumes, polyvidone iodée, etc…) et éventuellement la prise d’antibiotiques par voie générale ou locale (gel de metronidazole Elyzol®, par exemple).

Ces traitements locaux permettent de tester votre potentiel de réparation. Suivant le type de maladie parodontale diagnostiqué, le traitement « actif » peut s’arrêter à ce stade, excepté pour les séances de suivi de santé dentaire. Le moindre relâchement du brossage/désinfection ou de la fréquence des visites chez le spécialiste permet à la maladie de se réinstaller. Dans ce cas, nul n’est à l’abri d’une récidive.

Dans certains cas particuliers, d’autres interventions sont nécessaires comme les greffes d’os (os lyophilisé humain ou du BioOss® d’origine bovine) ou de matériaux synthétiques (comme le corail) visant à réparer les pertes de substances, ainsi que les techniques de régénération osseuse (avec des membranes résorbables ou non) permettant de reconstruire les tissus perdus au cours de la maladie, ou bien encore l’application de gel Emdogain® (contenant une protéine de l’émail d’origine porcine) qui peut favoriser et améliorer la cicatrisation de la gencive et la fermeture des poches entre la gencive et la dent.

Lorsque les racines des dents se découvrent, le préjudice peut être d’ordre esthétique et une sensibilité au froid peut apparaître: vous pouvez éprouver alors des difficultés à brosser. Dans ce cas, on parle de récessions gingivales et non de « déchaussement », terme démodé. Le traitement fait appel à des greffes de gencive issues du palais du patient qui recouvrent partiellement ou parfois totalement ces récessions.

Précisons que toutes ces thérapeutiques s’effectuent au sein du cabinet dentaire.

Celles faisant appel à de la chirurgie se pratiquent sous anesthésie locale, comme pour soigner les caries. Elles sont donc indolores. La prescription de médicaments adaptés (calmants, anti-inflammatoires) et l’application locale de glace réduisent sans conteste les suites opératoires désagréables qui peuvent survenir.

Les techniques modernes de parodontie médicale (avec lithotrities) sont indolores et ne nécessitent pas d’anesthésie.

En premier lieu, votre dentiste traitant. Tout comme le médecin généraliste qui adresse un patient à un spécialiste, votre dentiste peut faire appel à un parodontiste ou parodontologiste qui est un chirurgien-dentiste ou un stomatologue compétent pour traiter les maladies parodontales, par des formations spécifiques et par son expérience dans son exercice quotidien.

Ce praticien peut soit se consacrer uniquement à ce domaine, en s’interdisant des traiter les caries par exemple – on parle alors de parodontiste exclusif – soit l’adjoindre à son travail quotidien.

Le parodontiste stabilise la maladie parodontale afin qu’elle n’évolue plus. Le but des traitements est de vous apporter les conditions optimales pour effectuer un nettoyage et une désinfection corrects de vos dents.

Généralement, on établit un plan de traitement adapté pour coordonner les différentes spécialités dentaires.

Force est de constater que la Sécurité Sociale ne rembourse qu’une infime partie de ce type de soins. La plupart des actes sont hors-nomenclature (HN), c’est-à-dire non remboursés par la Sécurité Sociale mais éventuellement pris en charge par une mutuelle complémentaire selon le contrat souscrit.

 

Votre cas

Après des examens cliniques, microbiologiques et radiographiques approfondis, un dossier personnel vous est remis. Il comprend :

  • un diagnostic,
  • une proposition de plan de traitement détaillé et chronologique,

un devis et une convention d’honoraires concernant les actes hors-nomenclature (HN). Avant le début du traitement, ce devis est soumis à votre acceptation après un délai de réflexion de trois semaines (Lois Neiertz et Kouchner).

Si votre dentiste traitant vous a adressé à un parodontiste, il recevra une copie du plan de traitement. Il s’occupera des soins de dentisterie générale et vous proposera à son tour un devis pour les éventuelles prothèses envisagées dans le plan de traitement.